Depuis 2022 · Paris

Théâtre du Roi & de la Reine

La revue du théâtre, de ses coulisses & de ses magies


La salle de l'opéra Garnier

Accueil › Culture théâtrale

Côté cour, côté jardin : pourquoi dit-on ça au théâtre ?

Au théâtre, on ne dit jamais « à gauche » ou « à droite » : on dit côté cour et côté jardin. Une bizarrerie ? Pas du tout : une nécessité pratique vieille de 250 ans, née dans une salle des Tuileries, entre un vrai jardin et une vraie cour. Et avant la Révolution, ces côtés portaient d'autres noms : le côté du roi et le côté de la reine.

Cour à droite, jardin à gauche (vu de la salle)

Posons d'abord la règle, car tout le monde se mélange : pour le spectateur assis dans la salle, le côté cour est à droite et le côté jardin à gauche. Pour le comédien en scène, face au public, c'est l'inverse : la cour est à sa gauche, le jardin à sa droite. L'intérêt saute aux yeux : « ta gauche » dépend de l'endroit où l'on se tient, alors que la cour et le jardin ne bougent jamais. Un metteur en scène peut ainsi diriger un comédien, un machiniste et un éclairagiste dans la même phrase sans que personne ne se trompe de côté.

Des moyens mnémotechniques infaillibles

Le plus célèbre est affaire d'initiales : depuis la salle, on lit de gauche à droite les initiales de Jésus-Christ, Jardin puis Cour. Les comédiens, eux, retiennent que depuis la scène, la cour est du côté du cœur. Certains machinistes préfèrent la version potager : le jardinier arrose côté jardin, ce qui n'aide personne mais amuse tout le monde.

En répétition : la boussole des metteurs en scène

C'est en répétition que cette expression théâtrale prend toute sa valeur. Le metteur en scène l'utilise en permanence pour placer ses acteurs : « entre à jardin, traverse, sors à cour ». Chacun sait immédiatement où se placer et comment s'orienter, où qu'il se trouve dans la salle ou sur le plateau ; les régisseurs notent leurs conduites de la même façon, et les plans de décor sont orientés cour et jardin. C'est souvent le premier mot de vocabulaire théâtral que l'on enseigne aux comédiens débutants, bien avant les termes savants, et le système est si bien pensé qu'on le retrouve dans tous les théâtres français et francophones, des conservatoires aux ateliers d'amateurs.

1770 : une salle entre une cour et un jardin

L'histoire commence quand la Comédie-Française s'installe dans la salle des Machines du palais des Tuileries, à Paris. La géographie des lieux fait tout : d'un côté de la salle s'étend le jardin des Tuileries ; de l'autre, la cour du Carrousel. Les gens de plateau prennent naturellement l'habitude de désigner les côtés de la scène par ce qu'il y a derrière les murs : côté jardin, côté cour. L'usage était si commode qu'il a survécu au déménagement de la troupe, puis à tous les théâtres de France.

Avant la Révolution : le côté du roi et le côté de la reine

Ce que l'on sait moins, c'est que ces termes en ont remplacé d'autres. Auparavant, on disait le côté du roi et le côté de la reine, d'après l'emplacement des loges royales, situées face à face de part et d'autre de la scène. La Révolution passant par là, il devenait délicat de conserver ces appellations monarchiques dans les théâtres de la République : cour et jardin, politiquement neutres, s'imposèrent définitivement. C'est en clin d'œil à cette histoire que notre revue s'appelle le Théâtre du Roi & de la Reine : les deux côtés d'une même scène.

Une boussole toujours en service

Deux siècles et demi plus tard, cour et jardin restent la boussole quotidienne du spectacle vivant, du plus petit café-théâtre à l'Opéra. Les conduites de lumière, les plans de décor, les entrées et sorties des comédiens : tout est noté « cour » ou « jardin ». Le vocabulaire s'est même exporté hors du théâtre, sur les plateaux de télévision et de cinéma. Un système simple, utilisé chaque jour par tous ceux qui parlent la langue du spectacle : on apprend à s'orienter une fois, et c'est pour la vie. Pour explorer le reste de cette langue de coulisses, notre grand lexique du théâtre rassemble plus de 90 termes expliqués.