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Lexique du théâtre : le grand vocabulaire de la scène expliqué
Didascalie, côté jardin, brigadier, filage, quatrième mur : le théâtre parle une langue bien à lui, forgée par quatre siècles de scène. Voici plus de 90 termes expliqués simplement, souvent avec un exemple, et classés par famille : le texte de la pièce de théâtre, la scène, les métiers, le jeu des acteurs, les genres et les superstitions. Un lexique pensé pour les élèves, les spectateurs curieux et les comédiens débutants.
Sommaire
Le texte et la dramaturgie
- Acte
- Grande division d'une pièce de théâtre, comparable au chapitre d'un roman. Le théâtre classique en compte le plus souvent trois ou cinq, et chaque acte regroupe en général plusieurs scènes.
- Scène
- Subdivision de l'acte, délimitée en général par l'entrée ou la sortie d'un personnage. Le mot désigne aussi le plateau où jouent les acteurs.
- Personnage
- Être de fiction incarné par un acteur ou une actrice. Les personnages principaux portent l'intrigue ; les personnages secondaires la nourrissent.
- Intrigue
- L'histoire que raconte la pièce : l'enchaînement des faits qui mène de l'exposition au dénouement.
- Réplique
- Toute parole prononcée par un personnage. C'est l'unité de base du dialogue théâtral.
- Tirade
- Longue réplique dite sans interruption, comme la tirade du nez dans Cyrano de Bergerac.
- Monologue
- Discours qu'un personnage seul en scène s'adresse à lui-même, livrant ses pensées au public.
- Aparté
- Réplique que le personnage adresse au public à l'insu des autres personnages, censés ne pas l'entendre. Effet comique très utilisé dans la comédie.
- Didascalie
- Indication scénique écrite par l'auteur (gestes, ton, décor) qui n'est pas prononcée sur scène : « il sort », « à voix basse ». Les didascalies indiquent aussi les déplacements des personnages.
- Stichomythie
- Échange rapide de répliques très courtes, souvent vers à vers, qui donne au dialogue un rythme de duel.
- Scène d'exposition
- Première scène de la pièce, qui donne au spectateur les informations nécessaires : lieu, époque, personnages, enjeux.
- Nœud
- Moment où l'intrigue se resserre : les obstacles s'accumulent et le conflit atteint son intensité maximale.
- Péripétie
- Retournement de situation qui relance l'action.
- Coup de théâtre
- Péripétie brutale et inattendue qui bouleverse la situation, restée dans le langage courant.
- Dénouement
- Résolution finale de l'intrigue, heureuse dans la comédie, funeste dans la tragédie.
- Quiproquo
- Malentendu où un personnage est pris pour un autre, ressort comique par excellence du vaudeville. Un bon exemple : tout le deuxième acte du Dîner de cons.
- Deus ex machina
- Intervention finale artificielle et providentielle qui dénoue tout. À l'origine, un dieu descendait littéralement sur scène par une machine.
- Catharsis
- Chez Aristote, purgation des passions : le spectateur se libère de ses émotions en les vivant par procuration.
- Règle des trois unités
- Règle du théâtre classique : une seule action, en un seul lieu, en une seule journée.
- Dramaturge
- Auteur de pièces de théâtre. La dramaturgie est l'art de construire une pièce.
- Quatrième mur
- Mur imaginaire séparant la scène de la salle. Le « briser », c'est s'adresser directement au public.
La scène et la salle
- Plateau
- Désigne l'ensemble de l'espace scénique, y compris les parties que le public ne voit pas.
- Côté cour, côté jardin
- Les deux côtés de la scène : la cour désigne le côté droit vu de la salle, le jardin le côté gauche. On dit qu'un acteur « entre à cour » ou « sort à jardin ». L'origine de ces termes mérite une histoire à part entière, qui passe par le roi et la reine.
- Face et lointain
- La face est l'avant de la scène, près du public ; le lointain en est le fond.
- Avant-scène (proscenium)
- Partie de la scène en avant du cadre, au plus près des spectateurs.
- Cadre de scène
- Ouverture qui délimite la scène vue de la salle, comme un cadre de tableau.
- Manteau d'arlequin
- Encadrement mobile, souvent en velours rouge, qui rétrécit l'ouverture du cadre de scène.
- Rampe
- Rangée de lumières placée au sol en bord de scène. « Passer la rampe », c'est toucher le public.
- Cintres
- Espace invisible au-dessus de la scène où l'on remonte décors et rideaux, royaume des machinistes cintriers.
- Coulisses
- Espaces cachés sur les côtés et à l'arrière de la scène, où circulent comédiens et techniciens.
- Pendrillons
- Rideaux verticaux étroits qui masquent les coulisses sur les côtés de la scène.
- Frise
- Bande de tissu horizontale suspendue qui masque le haut de la scène et les cintres.
- Taps
- Nom familier des rideaux de scène. Le tap de fond ferme l'arrière du plateau.
- Rideau de fer
- Rideau métallique coupe-feu obligatoire entre scène et salle dans les grands théâtres.
- Fosse d'orchestre
- Espace en contrebas entre scène et salle où prennent place les musiciens.
- Parterre
- Partie basse de la salle, au niveau de la scène. Sous l'Ancien Régime, on s'y tenait debout.
- Corbeille
- Premier balcon en surplomb du parterre, traditionnellement les meilleures places.
- Poulailler (ou paradis)
- Galerie la plus haute et la moins chère de la salle, immortalisée par le film Les Enfants du paradis.
- Jauge
- Nombre de spectateurs qu'une salle peut accueillir.
- Bord de plateau
- Rencontre entre l'équipe artistique et le public, à l'issue de la représentation.
Les métiers du théâtre
- Metteur en scène
- Responsable artistique du spectacle : il dirige les acteurs et unifie tous les choix de mise en scène (jeu, décor, lumière, rythme). C'est lui qui donne à la pièce sa couleur d'ensemble.
- Régisseur
- Chef d'orchestre technique de la représentation : il « lance le spectacle » et coordonne lumière, son et plateau, souvent depuis la régie.
- Scénographe
- Concepteur de l'espace scénique et des décors.
- Machiniste
- Technicien qui monte, démonte et manœuvre les décors. Beaucoup de termes de machinerie viennent de la marine.
- Éclairagiste
- Créateur des lumières du spectacle, réglées effet par effet dans la « conduite ».
- Habilleur, habilleuse
- Responsable des costumes pendant les représentations, y compris les changements express en coulisses.
- Souffleur
- Métier presque disparu : caché du public, il soufflait leur texte aux comédiens en cas de trou.
- Accessoiriste
- Gardien des objets de jeu, du poignard de Macbeth à la lettre de Tartuffe.
- Directeur de salle
- Responsable de l'accueil du public, des ouvreurs et du bon déroulement côté salle.
Le jeu et les répétitions
- Italienne
- Répétition où l'on dit le texte à toute vitesse, sans jeu ni déplacement, pour vérifier la mémoire.
- Filage
- Répétition de la pièce en continu, du début à la fin, sans interruption.
- Couturière
- Avant-dernière répétition, historiquement celle où les couturières ajustaient les costumes.
- Générale
- Dernière répétition en conditions réelles, souvent devant les professionnels et la presse.
- Première
- Première représentation publique officielle. Son contraire, la dernière, est aussi émouvante.
- Doublure
- Comédien prêt à remplacer un titulaire du rôle en cas d'empêchement.
- Brûler les planches
- Jouer avec une intensité exceptionnelle. Les « planches » désignent la scène elle-même.
- Cabotin
- Comédien qui surjoue et tire la couverture à lui, au détriment de la pièce.
- Trou
- Oubli soudain du texte en pleine représentation, cauchemar de tout comédien.
- Trac
- Peur qui saisit l'artiste avant d'entrer en scène. Même les plus grands ne s'en défont jamais tout à fait.
Les genres théâtraux
- Tragédie
- Genre noble du théâtre classique : des personnages illustres, un destin inéluctable, un dénouement funeste.
- Comédie
- Genre qui vise à faire rire ou sourire, en peignant les mœurs et les travers humains.
- Drame
- Genre intermédiaire né au 18e siècle, mêlant registres sérieux et familiers.
- Farce
- Comédie populaire à gros effets, héritée du Moyen Âge.
- Vaudeville
- Comédie légère à quiproquos et portes qui claquent, reine des théâtres de boulevard.
- Théâtre de boulevard
- Théâtre de divertissement né sur les grands boulevards parisiens au 19e siècle.
- Commedia dell'arte
- Tradition italienne de comédie improvisée à personnages fixes : Arlequin, Colombine, Pantalon.
- Théâtre d'illusion
- Spectacles où la mise en scène sert des effets de magie : c'est à Paris que Robert-Houdin a inventé le genre en 1845, dans son théâtre du Palais-Royal. On y appelle « effets » les moments d'impossible bien réglés.
- One man show
- Spectacle porté par un seul artiste, entre humour, récit et adresse directe au public.
Traditions et superstitions
- Les trois coups
- Coups frappés au sol avec le brigadier pour annoncer le début de la représentation, précédés parfois de onze coups rapides.
- Brigadier
- Le bâton de bois, souvent gainé de velours rouge, qui sert à frapper les trois coups.
- « Merde ! »
- Le mot par lequel on souhaite bonne chance à un comédien : dire « bonne chance » porte malheur. On ne répond jamais merci.
- Le vert interdit
- Superstition tenace : le vert porterait malheur en scène. On raconte, sans preuve, que Molière serait mort en vert.
- Corde
- Mot banni des théâtres, héritage des machinistes marins : on dit « guinde ». Prononcer « corde » vaut une tournée générale.
- La pièce écossaise
- Chez les Anglo-Saxons, on ne prononce jamais « Macbeth » dans un théâtre : on dit « the Scottish play ».
- Lumière de service
- Lampe qu'on laisse allumée sur scène la nuit, dit-on pour éloigner les fantômes, plus sûrement pour éviter les chutes.
Ce lexique s'enrichit au fil des saisons. Pour prolonger, deux histoires valent le détour : celle de côté cour et côté jardin, qui doit tout à un roi et une reine, et celle du premier théâtre de magie de Paris. Et pour passer de la théorie à la pratique, notre guide des spectacles de magie à voir à Paris est mis à jour chaque saison.
