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Théâtre du Roi & de la Reine

La revue du théâtre, de ses coulisses & de ses magies


Gravure de scène de théâtre au 19e siècle

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Lexique du théâtre : le grand vocabulaire de la scène expliqué

Didascalie, côté jardin, brigadier, filage, quatrième mur : le théâtre parle une langue bien à lui, forgée par quatre siècles de scène. Voici plus de 90 termes expliqués simplement, souvent avec un exemple, et classés par famille : le texte de la pièce de théâtre, la scène, les métiers, le jeu des acteurs, les genres et les superstitions. Un lexique pensé pour les élèves, les spectateurs curieux et les comédiens débutants.

Le texte et la dramaturgie

Acte
Grande division d'une pièce de théâtre, comparable au chapitre d'un roman. Le théâtre classique en compte le plus souvent trois ou cinq, et chaque acte regroupe en général plusieurs scènes.
Scène
Subdivision de l'acte, délimitée en général par l'entrée ou la sortie d'un personnage. Le mot désigne aussi le plateau où jouent les acteurs.
Personnage
Être de fiction incarné par un acteur ou une actrice. Les personnages principaux portent l'intrigue ; les personnages secondaires la nourrissent.
Intrigue
L'histoire que raconte la pièce : l'enchaînement des faits qui mène de l'exposition au dénouement.
Réplique
Toute parole prononcée par un personnage. C'est l'unité de base du dialogue théâtral.
Tirade
Longue réplique dite sans interruption, comme la tirade du nez dans Cyrano de Bergerac.
Monologue
Discours qu'un personnage seul en scène s'adresse à lui-même, livrant ses pensées au public.
Aparté
Réplique que le personnage adresse au public à l'insu des autres personnages, censés ne pas l'entendre. Effet comique très utilisé dans la comédie.
Didascalie
Indication scénique écrite par l'auteur (gestes, ton, décor) qui n'est pas prononcée sur scène : « il sort », « à voix basse ». Les didascalies indiquent aussi les déplacements des personnages.
Stichomythie
Échange rapide de répliques très courtes, souvent vers à vers, qui donne au dialogue un rythme de duel.
Scène d'exposition
Première scène de la pièce, qui donne au spectateur les informations nécessaires : lieu, époque, personnages, enjeux.
Nœud
Moment où l'intrigue se resserre : les obstacles s'accumulent et le conflit atteint son intensité maximale.
Péripétie
Retournement de situation qui relance l'action.
Coup de théâtre
Péripétie brutale et inattendue qui bouleverse la situation, restée dans le langage courant.
Dénouement
Résolution finale de l'intrigue, heureuse dans la comédie, funeste dans la tragédie.
Quiproquo
Malentendu où un personnage est pris pour un autre, ressort comique par excellence du vaudeville. Un bon exemple : tout le deuxième acte du Dîner de cons.
Deus ex machina
Intervention finale artificielle et providentielle qui dénoue tout. À l'origine, un dieu descendait littéralement sur scène par une machine.
Catharsis
Chez Aristote, purgation des passions : le spectateur se libère de ses émotions en les vivant par procuration.
Règle des trois unités
Règle du théâtre classique : une seule action, en un seul lieu, en une seule journée.
Dramaturge
Auteur de pièces de théâtre. La dramaturgie est l'art de construire une pièce.
Quatrième mur
Mur imaginaire séparant la scène de la salle. Le « briser », c'est s'adresser directement au public.

La scène et la salle

Plateau
Désigne l'ensemble de l'espace scénique, y compris les parties que le public ne voit pas.
Côté cour, côté jardin
Les deux côtés de la scène : la cour désigne le côté droit vu de la salle, le jardin le côté gauche. On dit qu'un acteur « entre à cour » ou « sort à jardin ». L'origine de ces termes mérite une histoire à part entière, qui passe par le roi et la reine.
Face et lointain
La face est l'avant de la scène, près du public ; le lointain en est le fond.
Avant-scène (proscenium)
Partie de la scène en avant du cadre, au plus près des spectateurs.
Cadre de scène
Ouverture qui délimite la scène vue de la salle, comme un cadre de tableau.
Manteau d'arlequin
Encadrement mobile, souvent en velours rouge, qui rétrécit l'ouverture du cadre de scène.
Rampe
Rangée de lumières placée au sol en bord de scène. « Passer la rampe », c'est toucher le public.
Cintres
Espace invisible au-dessus de la scène où l'on remonte décors et rideaux, royaume des machinistes cintriers.
Coulisses
Espaces cachés sur les côtés et à l'arrière de la scène, où circulent comédiens et techniciens.
Pendrillons
Rideaux verticaux étroits qui masquent les coulisses sur les côtés de la scène.
Frise
Bande de tissu horizontale suspendue qui masque le haut de la scène et les cintres.
Taps
Nom familier des rideaux de scène. Le tap de fond ferme l'arrière du plateau.
Rideau de fer
Rideau métallique coupe-feu obligatoire entre scène et salle dans les grands théâtres.
Fosse d'orchestre
Espace en contrebas entre scène et salle où prennent place les musiciens.
Parterre
Partie basse de la salle, au niveau de la scène. Sous l'Ancien Régime, on s'y tenait debout.
Corbeille
Premier balcon en surplomb du parterre, traditionnellement les meilleures places.
Poulailler (ou paradis)
Galerie la plus haute et la moins chère de la salle, immortalisée par le film Les Enfants du paradis.
Jauge
Nombre de spectateurs qu'une salle peut accueillir.
Bord de plateau
Rencontre entre l'équipe artistique et le public, à l'issue de la représentation.

Les métiers du théâtre

Metteur en scène
Responsable artistique du spectacle : il dirige les acteurs et unifie tous les choix de mise en scène (jeu, décor, lumière, rythme). C'est lui qui donne à la pièce sa couleur d'ensemble.
Régisseur
Chef d'orchestre technique de la représentation : il « lance le spectacle » et coordonne lumière, son et plateau, souvent depuis la régie.
Scénographe
Concepteur de l'espace scénique et des décors.
Machiniste
Technicien qui monte, démonte et manœuvre les décors. Beaucoup de termes de machinerie viennent de la marine.
Éclairagiste
Créateur des lumières du spectacle, réglées effet par effet dans la « conduite ».
Habilleur, habilleuse
Responsable des costumes pendant les représentations, y compris les changements express en coulisses.
Souffleur
Métier presque disparu : caché du public, il soufflait leur texte aux comédiens en cas de trou.
Accessoiriste
Gardien des objets de jeu, du poignard de Macbeth à la lettre de Tartuffe.
Directeur de salle
Responsable de l'accueil du public, des ouvreurs et du bon déroulement côté salle.

Le jeu et les répétitions

Italienne
Répétition où l'on dit le texte à toute vitesse, sans jeu ni déplacement, pour vérifier la mémoire.
Filage
Répétition de la pièce en continu, du début à la fin, sans interruption.
Couturière
Avant-dernière répétition, historiquement celle où les couturières ajustaient les costumes.
Générale
Dernière répétition en conditions réelles, souvent devant les professionnels et la presse.
Première
Première représentation publique officielle. Son contraire, la dernière, est aussi émouvante.
Doublure
Comédien prêt à remplacer un titulaire du rôle en cas d'empêchement.
Brûler les planches
Jouer avec une intensité exceptionnelle. Les « planches » désignent la scène elle-même.
Cabotin
Comédien qui surjoue et tire la couverture à lui, au détriment de la pièce.
Trou
Oubli soudain du texte en pleine représentation, cauchemar de tout comédien.
Trac
Peur qui saisit l'artiste avant d'entrer en scène. Même les plus grands ne s'en défont jamais tout à fait.

Les genres théâtraux

Tragédie
Genre noble du théâtre classique : des personnages illustres, un destin inéluctable, un dénouement funeste.
Comédie
Genre qui vise à faire rire ou sourire, en peignant les mœurs et les travers humains.
Drame
Genre intermédiaire né au 18e siècle, mêlant registres sérieux et familiers.
Farce
Comédie populaire à gros effets, héritée du Moyen Âge.
Vaudeville
Comédie légère à quiproquos et portes qui claquent, reine des théâtres de boulevard.
Théâtre de boulevard
Théâtre de divertissement né sur les grands boulevards parisiens au 19e siècle.
Commedia dell'arte
Tradition italienne de comédie improvisée à personnages fixes : Arlequin, Colombine, Pantalon.
Théâtre d'illusion
Spectacles où la mise en scène sert des effets de magie : c'est à Paris que Robert-Houdin a inventé le genre en 1845, dans son théâtre du Palais-Royal. On y appelle « effets » les moments d'impossible bien réglés.
One man show
Spectacle porté par un seul artiste, entre humour, récit et adresse directe au public.

Traditions et superstitions

Les trois coups
Coups frappés au sol avec le brigadier pour annoncer le début de la représentation, précédés parfois de onze coups rapides.
Brigadier
Le bâton de bois, souvent gainé de velours rouge, qui sert à frapper les trois coups.
« Merde ! »
Le mot par lequel on souhaite bonne chance à un comédien : dire « bonne chance » porte malheur. On ne répond jamais merci.
Le vert interdit
Superstition tenace : le vert porterait malheur en scène. On raconte, sans preuve, que Molière serait mort en vert.
Corde
Mot banni des théâtres, héritage des machinistes marins : on dit « guinde ». Prononcer « corde » vaut une tournée générale.
La pièce écossaise
Chez les Anglo-Saxons, on ne prononce jamais « Macbeth » dans un théâtre : on dit « the Scottish play ».
Lumière de service
Lampe qu'on laisse allumée sur scène la nuit, dit-on pour éloigner les fantômes, plus sûrement pour éviter les chutes.

Ce lexique s'enrichit au fil des saisons. Pour prolonger, deux histoires valent le détour : celle de côté cour et côté jardin, qui doit tout à un roi et une reine, et celle du premier théâtre de magie de Paris. Et pour passer de la théorie à la pratique, notre guide des spectacles de magie à voir à Paris est mis à jour chaque saison.