David Blaine : l'héritier moderne de Houdini et ses exploits extraordinaires
Enterré vivant sous trois tonnes d'eau, gelé 63 heures dans un bloc de glace en plein Times Square, suspendu 44 jours sans manger au-dessus de la Tamise : David Blaine a fait de son propre corps un théâtre. Mais avant les records, ce New-Yorkais discret avait déjà signé une révolution plus profonde : il a réinventé la manière même de filmer la magie.
1997 : Street Magic, la révolution d'un regard
Quand la chaîne américaine ABC diffuse « David Blaine: Street Magic » en 1997, le jeune homme de 24 ans n'a ni plateau, ni paillettes, ni assistantes. Il arrête des passants dans la rue, une carte à la main. Le coup de génie tient dans un renversement : la caméra ne filme plus le tour, elle filme les visages de ceux qui le subissent. Les cris, les fous rires nerveux, les spectateurs qui s'enfuient en courant : pour la première fois, la télévision montre ce que la magie fait aux gens plutôt que ce que fait le magicien. Toute la magie télévisée moderne, et une bonne part du close-up contemporain, descend de cette demi-heure-là.
L'école Houdini : le corps comme théâtre
Blaine ne s'en est jamais caché : son modèle est Harry Houdini, dont il a fait sienne la conviction que l'impossible doit se jouer en public, à ciel ouvert. En 1999, il s'offre son premier hommage direct : enterré vivant une semaine dans un cercueil de plexiglas sous une citerne d'eau, à New York, là où Houdini avait échoué à réaliser le même exploit. L'année suivante, il passe 63 heures debout, encastré dans un bloc de glace au cœur de Times Square. En 2002, il reste 35 heures en équilibre au sommet d'un pilier de 25 mètres avant de sauter dans un matelas de cartons. À chaque fois, la ville entière devient sa salle de spectacle, exactement comme au temps des évasions en camisole du maître.
Above the Below et les limites du corps humain
En 2003, à Londres, il signe sa performance la plus radicale : Above the Below, 44 jours enfermé sans nourriture dans une boîte de plexiglas suspendue au-dessus de la Tamise, sous les yeux d'un public tour à tour fasciné et goguenard. En 2006, il plonge une semaine entière dans une sphère d'eau devant le Lincoln Center. En 2012, il tient 72 heures debout au milieu d'un million de volts d'arcs électriques. Et en 2008, chez Oprah Winfrey, il bat le record du monde d'apnée statique assistée à l'oxygène : 17 minutes et 4 secondes sans respirer. Les médecins qui le suivent publient des études sur son cas ; lui parle simplement de « l'entraînement de l'esprit ». C'est peut-être là que la magie rejoint le mentalisme : le premier adversaire à tromper reste son propre cerveau.
De Real or Magic à l'ascension en ballons
Les années 2010 le voient revenir à ses premières amours avec les émissions « Real or Magic » puis « Beyond Magic », où il sidère Beckham, Emma Stone ou Jamie Foxx avec des cartes et des aiguilles avalées, avant de s'installer à Las Vegas en résidence. En 2020, clin d'œil au Ballon rouge et à ses rêves d'enfant, il s'élève à près de 7 500 mètres au-dessus du désert de l'Arizona, accroché à une grappe de ballons d'hélium, avant de sauter en parachute. L'exploit, retransmis en direct, résume tout Blaine : une image simple comme un dessin d'enfant, exécutée avec la rigueur d'un pilote d'essai.
Ce que Blaine doit à la tradition, et ce qu'il lui a rendu
Héritier de Houdini par le corps, héritier de la magie de proximité par le regard, Blaine a rendu à l'illusion sa charge de sidération pure, celle d'avant les paillettes. Son influence court aujourd'hui chez tous les artistes de close-up et de mentalisme qui travaillent au plus près du public. Pour explorer en détail son parcours, ses records et leurs coulisses, on consultera la rétrospective que le mentaliste Hugo Marceau consacre aux plus grands exploits de David Blaine, nourrie de vidéos d'archives.