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Don Juan et la statue du Commandeur

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Dom Juan de Molière : résumé acte par acte, personnages et analyse

Écrit en prose et monté en 1665, Dom Juan ou le Festin de pierre est la pièce la plus audacieuse de Molière : un grand seigneur séducteur et impie y défie le Ciel jusqu'à ce qu'une statue vienne le chercher. Résumé court puis détaillé acte par acte, personnages, thèmes, citations clés et vie scénique : la fiche de référence pour étudier la pièce, ou simplement la savourer.

Dom Juan en bref : le résumé court

Dom Juan, grand seigneur libertin, vient d'abandonner Elvire, qu'il a arrachée à son couvent pour l'épouser. Poursuivi par elle et par les frères de celle-ci, il enchaîne les conquêtes et les blasphèmes sous les yeux de son valet Sganarelle, à la fois fasciné et terrifié. Après avoir séduit deux paysannes le même jour, échappé à ses poursuivants et invité à dîner la statue d'un Commandeur qu'il a tué autrefois, Dom Juan pousse la provocation jusqu'à jouer les faux dévots. Les avertissements se multiplient, il les balaie tous. Au dernier acte, la statue lui prend la main : la terre s'ouvre et l'engloutit dans les flammes, laissant Sganarelle seul à pleurer... ses gages.

Résumé détaillé acte par acte

Acte I : le portrait du séducteur

Dans un palais de Sicile, Sganarelle dresse à Gusman, l'écuyer d'Elvire, le portrait de son maître : « le plus grand scélérat que la terre ait jamais porté », épouseur « à toutes mains » qui aurait épousé « une chienne » s'il l'avait fallu. Dom Juan paraît et assume tout dans une tirade célèbre : la fidélité est une prison, « tout le plaisir de l'amour est dans le changement ». Elvire, quittée sans un mot, vient lui demander des comptes ; il lui répond avec une hypocrisie glaçante qu'il l'a quittée par scrupule religieux. Elle repart en lui promettant le châtiment du Ciel. Premier acte, première annonce de la fin.

Acte II : les paysannes

Passé de la cour à la campagne après un naufrage, Dom Juan est sauvé des eaux par le paysan Pierrot. Sa façon de le remercier : séduire dans la même scène Charlotte, la fiancée de Pierrot, puis Mathurine, en promettant le mariage à chacune. La scène où il jure aux deux paysannes, chacune à part, qu'elle est la préférée, est un sommet de comédie et de cruauté. L'acte s'achève sur une alerte : douze hommes à cheval le cherchent. Dom Juan propose à Sganarelle d'échanger leurs habits, ce que le valet décline avec l'énergie du désespoir.

Acte III : le pauvre et la statue

En forêt, déguisés, maître et valet débattent de religion : Sganarelle défend le Ciel avec des arguments qui s'emmêlent, Dom Juan résume son credo en une phrase restée fameuse : « Je crois que deux et deux sont quatre ». Survient la scène la plus scandaleuse de la pièce : Dom Juan offre un louis d'or à un pauvre s'il accepte de jurer ; le pauvre refuse, et Dom Juan lui donne la pièce « pour l'amour de l'humanité ». Après avoir sauvé, par point d'honneur, un inconnu attaqué par des brigands, qui se révèle être Dom Carlos, frère d'Elvire, Dom Juan découvre le tombeau du Commandeur qu'il a tué en duel. Par bravade, il fait inviter la statue à souper. La statue baisse la tête.

Acte IV : les avertissements

Chez Dom Juan, les visites se succèdent comme autant de sommations : M. Dimanche, le créancier, éconduit avec une politesse virtuose qui l'empêche de réclamer son dû ; Dom Louis, le père, qui rappelle que « la naissance n'est rien où la vertu n'est pas » ; Elvire enfin, transfigurée, qui ne demande plus rien sinon qu'il se repente. Dom Juan reste de marbre, quand il ne trouve pas la visiteuse « touchante » pour de mauvaises raisons. La statue du Commandeur paraît alors au souper et rend l'invitation : à demain.

Acte V : l'hypocrite foudroyé

Coup de théâtre : Dom Juan annonce à son père qu'il se convertit. Fausse joie : seul avec Sganarelle, il dévoile que cette conversion est une stratégie, car l'hypocrisie est « un vice à la mode » qui « passe pour vertu ». Ni les reproches de Sganarelle, ni Dom Carlos, ni un spectre en femme voilée ne l'infléchissent. La statue paraît une dernière fois et lui tend la main. Dom Juan la prend : « un feu invisible » le brûle, le tonnerre tombe, la terre s'ouvre et l'engloutit. Sganarelle conclut la pièce sur un cri devenu mythique : « Mes gages ! mes gages ! mes gages ! »

Les personnages de Dom Juan

Dom Juan
Grand seigneur libertin, séducteur en série et esprit fort qui ne croit ni au Ciel ni à l'enfer. Ni monstre froid ni héros : Molière en fait un personnage brillant, courageux et odieux à la fois, ce qui fait tout le trouble de la pièce.
Sganarelle
Son valet, le plus grand rôle comique de la pièce, que Molière écrivit pour lui-même. Il condamne son maître, le suit partout, le défend malgré lui : la voix du peuple, croyante mais confuse, courageuse mais payée pour se taire.
Done Elvire
Épouse abandonnée, arrachée au couvent. Sa trajectoire en deux visites (la fureur à l'acte I, le pardon à l'acte IV) est l'un des plus beaux personnages féminins de Molière.
La statue du Commandeur
Le surnaturel fait pierre : tuée en duel par Dom Juan avant la pièce, elle accepte son invitation à souper et devient l'instrument du châtiment divin.
Charlotte et Mathurine
Les deux paysannes séduites en une scène, promises au mariage chacune de son côté. Leur parler paysan est un régal comique.
Pierrot
Fiancé de Charlotte, qui sauve Dom Juan de la noyade et se fait souffler sa promise en remerciement.
Dom Louis
Père de Dom Juan, incarnation de l'honneur aristocratique bafoué par son fils.
Dom Carlos et Dom Alonse
Frères d'Elvire, partagés entre la vengeance et le point d'honneur.
M. Dimanche
Le créancier, victime d'une scène d'anthologie où la politesse sert à ne jamais payer ses dettes.

Les thèmes pour l'analyse

Le libertinage, de mœurs et d'esprit

Dom Juan est libertin deux fois : dans ses mœurs (la conquête en série) et dans sa pensée (l'incrédulité religieuse). Pour le public de 1665, le second scandale est infiniment plus grave que le premier ; c'est lui qui vaudra à la pièce sa carrière écourtée.

L'hypocrisie, « un vice à la mode »

La tirade de l'hypocrisie à l'acte V prolonge directement le combat de Tartuffe, interdit l'année précédente : les faux dévots y sont décrits comme une confrérie organisée et intouchable. C'est le passage le plus polémique de la pièce, et celui qui disparut le premier des versions expurgées.

Le couple maître-valet

Sganarelle n'est pas un simple faire-valoir : il est le contrepoint permanent de son maître, et leur dialogue structure toute la pièce. Le duo annonce Figaro et tout le théâtre à venir, jusqu'à Beckett.

Le surnaturel en scène

Statue qui parle, spectre, engloutissement final : Dom Juan est aussi une pièce à machines, écrite pour éblouir. Molière y assume un merveilleux spectaculaire que la comédie classique s'interdisait, et qui fait de la pièce un défi de mise en scène depuis 350 ans.

Les citations clés à retenir

« Tout le plaisir de l'amour est dans le changement. »
Dom Juan, acte I, scène 2 : le manifeste du séducteur.
« Je crois que deux et deux sont quatre, Sganarelle, et que quatre et quatre sont huit. »
Acte III, scène 1 : tout le credo matérialiste de Dom Juan en une phrase d'arithmétique.
« L'hypocrisie est un vice à la mode, et tous les vices à la mode passent pour vertus. »
Acte V, scène 2 : la tirade qui prolonge Tartuffe et scella le sort de la pièce.
« La naissance n'est rien où la vertu n'est pas. »
Dom Louis à son fils, acte IV, scène 4 : la leçon du père.
« Mes gages ! mes gages ! mes gages ! »
Sganarelle, dernier mot de la pièce : le valet pleure son salaire sur la tombe de son maître.

Dom Juan sur scène : une carrière de scandale

La pièce est créée le 15 février 1665 au théâtre du Palais-Royal, la salle de la troupe de Molière, avec l'auteur dans le rôle de Sganarelle. Le succès public est immédiat, le scandale aussi : après quinze représentations, la pièce quitte l'affiche pour ne plus jamais y revenir du vivant de Molière, et la scène du pauvre est amputée dès la deuxième représentation. Le texte intégral en prose ne sera publié qu'après la mort de l'auteur ; pendant près de deux siècles, on ne joue qu'une version en vers assagie, commandée à Thomas Corneille en 1677.

Il faut attendre le 19e siècle pour que la Comédie-Française reprenne la prose originale, et le 20e pour que la pièce accède au rang de chef-d'œuvre absolu : la mise en scène de Louis Jouvet en 1947, celle de Patrice Chéreau en 1969, ou le téléfilm de Marcel Bluwal en 1965 avec Michel Piccoli en Dom Juan ont chacun réinventé la pièce pour leur époque. Aujourd'hui, Dom Juan est l'une des pièces françaises les plus jouées au monde, et son affrontement final avec la statue reste l'un des grands moments de théâtre à machines du répertoire.

Questions fréquentes sur Dom Juan

Pourquoi écrit-on « Dom Juan » et non « Don Juan » ?

« Don » est le titre espagnol d'origine ; Molière (ou son imprimeur) a francisé l'orthographe en « Dom » pour le titre. On désigne en général la pièce de Molière par « Dom Juan » et le mythe universel par « Don Juan ».

Dom Juan est-elle une comédie ou une tragédie ?

Officiellement une comédie, la pièce mélange les registres comme aucune autre œuvre de Molière : scènes de farce avec les paysannes, débats d'idées, pathétique avec Elvire, et dénouement surnaturel digne de la tragédie. C'est cette hybridité qui la rend si moderne.

Pourquoi la pièce a-t-elle été censurée ?

Moins pour les mœurs de son héros que pour son impiété : la scène du pauvre et la tirade de l'hypocrisie visaient trop directement le parti dévot, déjà responsable de l'interdiction de Tartuffe. La pièce fut retirée après quinze représentations et ne reparut expurgée qu'après la mort de Molière.

Que signifie le sous-titre « Le Festin de pierre » ?

Il désigne le souper avec la statue du Commandeur, héritage des versions espagnole et italiennes du mythe que Molière adaptait. Le « convive de pierre », c'est la statue elle-même.

En quelle classe étudie-t-on Dom Juan ?

La pièce est un classique du lycée, en seconde et en première, dans les parcours sur la comédie, le héros et le libertinage ; elle figure régulièrement aux programmes du bac de français.