Houdini à Paris : quand le roi de l'évasion devenait une vedette de cinéma
On associe Harry Houdini à New York, à Londres, aux gratte-ciel dont il pendait en camisole. On oublie que le roi de l'évasion fut aussi un habitué de Paris, où il se produisit dans les grandes salles du début du siècle, et où il tourna dès 1909 l'un des tout premiers films d'action de l'histoire.
Un nom d'artiste venu de France
Le lien de Houdini avec la France précède sa gloire : c'est en lisant les mémoires de Jean-Eugène Robert-Houdin que le jeune Ehrich Weiss trouve sa vocation et son nom de scène, Houdini, « comme Houdin ». Toute sa vie, l'Américain entretiendra avec son modèle français une relation passionnelle, de l'hommage à la querelle : en 1908, il publiera même un livre à charge contre son idole déchue. Mais quand il débarque en Europe au tournant du siècle, c'est bien le nom d'un magicien français qu'il porte sur les affiches.
Les music-halls parisiens face au « roi des menottes »
Au début des années 1900, la tournée européenne de Houdini fait étape à Paris, où son numéro fonctionne comme partout : il défie la police locale de l'enchaîner, se libère de tout, et la presse s'enflamme. Le public parisien, élevé aux automates de Robert-Houdin et aux grandes illusions de music-hall, découvre autre chose : un corps en danger, du suspense à l'état pur. Là où la magie française cultivait l'élégance du salon, Houdini importe le frisson du fait divers. Les music-halls de la capitale, friands de sensations nouvelles, lui font un triomphe.
1909 : Houdini, vedette du cinématographe français
C'est aussi à Paris que Houdini passe pour la première fois devant une caméra de fiction : en 1909, il tourne en France « Les Merveilleux Exploits de Houdini à Paris », où il joue son propre rôle dans une intrigue prétexte à évasions spectaculaires, tournées en décors réels. Le film fait de lui l'un des premiers artistes de scène transformés en héros de cinéma, des années avant ses serials hollywoodiens. L'ironie est belle : le cinéma qui l'immortalise est né dans le théâtre de son maître Robert-Houdin, sous les mains de Méliès.
L'héritage parisien du roi de l'évasion
Houdini repartira vers d'autres capitales, d'autres records et son destin tragique de 1926. Mais son passage a durablement marqué la scène française : l'évasion devient un genre à part entière, l'escapologie entre au répertoire des music-halls, et un siècle plus tard, les artistes qui suspendent leur souffle devant un public lui doivent tous quelque chose. Pour la biographie complète du personnage, ses grandes évasions et son combat contre les faux médiums, le portrait détaillé de Harry Houdini illustré d'affiches d'époque fait référence.
