Quand la magie régnait sur le music-hall parisien
Entre 1880 et 1930, la magie n'était pas un divertissement d'entracte : elle était l'une des têtes d'affiche du music-hall, entre les revues à plumes et les chanteuses vedettes. Les Folies Bergère, l'Olympia et leurs rivales se disputaient les illusionnistes comme on se dispute aujourd'hui les têtes d'affiche du stand-up.
Le music-hall, machine à sensations
Le music-hall naît d'une promesse simple : en une soirée, tout voir. Des acrobates, des chanteurs, des animaux savants, des danseuses, et au milieu, l'attraction reine : le magicien. Le format lui va comme un gant : douze minutes pour stupéfier, une rotation de public chaque soir, des salles immenses qui obligent à voir grand. C'est le music-hall qui pousse la magie vers les grandes illusions : les malles à double fond ne suffisent plus, il faut faire disparaître des femmes, des pianos, des automobiles.
1886 : la femme escamotée, un tremblement de terre
L'illusion qui symbolise cette époque naît à Paris : l'escamotage d'une dame en scène. Une femme assise sur une chaise, un voile, et plus personne : le public en sort littéralement retourné, la presse parle de sorcellerie, les théâtres affichent complet des mois durant. Son inventeur, un Lyonnais de naissance devenu gloire internationale, a son portrait dans les fiches légendes : Buatier de Kolta, l'inventeur de la femme escamotée, reste l'un des créateurs les plus copiés de l'histoire de la magie. Des dizaines d'illusionnistes vivront de variations de son chef-d'œuvre pendant un demi-siècle.
Les années folles : l'âge des géants
Après la Grande Guerre, la surenchère devient mondiale. On scie des femmes en deux à Londres, on fait voler des pianos à New York, et les grandes revues parisiennes intègrent l'illusion à leurs tableaux : la magie devient un ingrédient du spectacle total, mêlée aux ballets et aux décors monumentaux. C'est aussi l'époque des tournées transatlantiques : les vedettes de la magie voyagent avec des tonnes de matériel et une troupe entière, comme des productions de cirque.
Ce que le music-hall a légué à la magie
Le music-hall décline après-guerre, tué par le cinéma puis la télévision, mais il laisse à la magie trois héritages toujours vivants : le sens du tableau (une illusion est une image avant d'être un truc), le rythme (personne n'a le droit de s'ennuyer douze secondes) et le mélange des arts, qu'on retrouve aujourd'hui dans les spectacles qui marient magie, danse et vidéo. Quand un illusionniste contemporain fait apparaître une voiture sur une scène, c'est un fantôme des Folies Bergère qui sourit dans les cintres.
