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L'Avare de Molière : résumé acte par acte, personnages et analyse
Créée le 9 septembre 1668 au théâtre du Palais-Royal, L'Avare est une comédie en cinq actes et en prose où Molière, qui jouait lui-même Harpagon, pousse un vice ordinaire jusqu'à la folie. Un vieillard cache dix mille écus dans son jardin, veut marier ses enfants au meilleur prix et convoite la fiancée de son fils. Résumé court puis détaillé acte par acte, personnages, ressorts comiques, citations et adaptations : notre fiche de référence pour étudier la pièce.
L'Avare en bref : le résumé court
Harpagon, veuf et riche usurier, a enterré une cassette d'or de dix mille écus au fond de son jardin et vit dans la terreur qu'on la lui prenne. Il décide de marier sa fille Élise au vieil Anselme, qui la prendra sans dot, son fils Cléante à une veuve fortunée, et de se réserver la jeune Mariane. Ennui : Élise aime en secret Valère, l'intendant de la maison, et Cléante aime Mariane. La mécanique se grippe quand le fils, cherchant un prêt, découvre que l'usurier n'est autre que son père, puis quand La Flèche déterre la cassette. Fou de douleur, Harpagon crie au voleur et fait arrêter tout le monde. Un dernier venu, le seigneur Anselme, reconnaît alors en Valère et Mariane ses deux enfants perdus dans un naufrage. Double mariage, et le vieil avare repart avec sa chère cassette.
Résumé détaillé acte par acte
Acte I : deux amours contrariés et un père qui ne pense qu'à l'or
Valère, entré au service d'Harpagon comme intendant pour se rapprocher d'Élise, rassure celle-ci sur ses intentions. Cléante avoue à sa sœur qu'il aime Mariane, une jeune fille sans fortune, et qu'il compte l'épouser. Entre Harpagon, qui soupçonne la terre entière : il chasse La Flèche, le valet de son fils, en le fouillant méthodiquement, « Montre-moi tes mains [...] Les autres », et laisse échapper, seul en scène, qu'il a enterré dix mille écus dans le jardin. Puis il annonce son triple projet matrimonial. Le mariage forcé d'Élise avec un vieillard est acquis dès lors que celui-ci prononce les deux mots qui emportent tout : « Sans dot. » Valère, chargé d'approuver son maître en tout, capitule aussitôt : « Il n'y a pas de réplique à cela : on le sait bien. »
Acte II : le fils emprunte à son père sans le savoir
Cléante, à court d'argent, négocie un prêt par l'entremise du courtier Maître Simon. Les conditions sont léonines : le prêteur exige le denier cinq, soit 20 % d'intérêt, quand le taux légal du royaume est alors le denier dix-huit, environ 5,5 %, et impose de prendre une partie de la somme en vieilleries invendables. Prêteur et emprunteur se retrouvent face à face : c'est le père et le fils. La scène est l'un des sommets de la pièce, et l'un des plus durs de tout Molière. Arrive Frosine, entremetteuse de métier, qui promet Mariane à Harpagon en le flattant sur sa bonne mine, puis tente en vain de lui soutirer un écu pour ses peines.
Acte III : le souper d'Harpagon et l'entrevue avec Mariane
Harpagon organise un souper qu'il voudrait somptueux et gratuit. Maître Jacques, à la fois cuisinier et cocher de la maison, change de casaque selon la fonction et commet l'erreur de dire la vérité à son maître sur ce qu'on raconte de lui en ville : il reçoit des coups de bâton. C'est là que Valère, pour flatter le vieillard, retourne la maxime : « Il faut manger pour vivre, et non pas vivre pour manger. » Mariane paraît, effrayée par ce fiancé qui a l'âge d'être son grand-père, et découvre que le fils de la maison est le jeune homme qu'elle aime. Cléante lui fait sa cour sous couvert de parler au nom de son père, et lui offre, en le retirant du doigt du vieillard, le diamant de la maison.
Acte IV : la cassette volée et le monologue « Au voleur ! »
Harpagon surprend son fils baisant la main de Mariane, lui tend un piège en feignant d'y renoncer, obtient son aveu, puis le maudit et le déshérite. Pendant ce temps, La Flèche a déterré la cassette. Reste alors la scène la plus célèbre de la pièce, un monologue d'Harpagon d'une violence comique inouïe : « Au voleur ! au voleur ! à l'assassin ! au meurtrier ! Justice, juste Ciel ! je suis perdu, je suis assassiné, on m'a coupé la gorge, on m'a dérobé mon argent ! » Il somme le voleur invisible de s'exécuter, « Rendez-moi mon argent, coquin ! », s'empoigne lui-même le bras en croyant tenir le coupable, puis se tourne vers la salle et menace le public de la question. Le vol de son or lui fait perdre la raison, et la comédie touche pour un instant à la tragédie.
Acte V : le commissaire, le quiproquo et la double reconnaissance
Un commissaire enquête sur le vol. Maître Jacques, qui veut se venger des coups reçus, accuse Valère. Suit le plus beau quiproquo de Molière : interrogé, Valère croit qu'on lui parle de son amour pour Élise et confesse tout avec noblesse, pendant qu'Harpagon entend l'aveu du vol de sa cassette. Le seigneur Anselme survient alors pour épouser Élise, et le nœud se dénoue : il est Dom Thomas d'Alburcy, gentilhomme napolitain, séparé des siens par un naufrage survenu 16 ans plus tôt, et il reconnaît en Valère et Mariane le fils et la fille qu'il croyait morts. Il consent aux deux mariages et en paie tous les frais, seule condition qu'Harpagon accepte de considérer. Le vieil avare quitte la scène sur la dernière réplique de la pièce : « Et moi, voir ma chère cassette. »
Les personnages de L'Avare
- Harpagon
- 60 ans, veuf, usurier et père de famille. Molière créa lui-même le rôle en 1668, et c'est peut-être son personnage le plus noir : l'avarice y a mangé la paternité, l'amitié et jusqu'au bon sens. « Le seigneur Harpagon est de tous les humains l'humain le moins humain », résume La Flèche.
- Cléante
- Le fils, amoureux de Mariane, contraint d'emprunter à prix d'usurier ce que son père lui refuse. Rival de son propre père, il est le seul personnage de Molière qui affronte l'autorité paternelle sans jamais plier.
- Élise
- La fille, amoureuse de Valère qui lui a sauvé la vie lors d'un naufrage. Elle résiste au mariage forcé avec Anselme par la ruse et par les larmes, faute de pouvoir le faire autrement.
- Valère
- Fils d'Anselme sans le savoir, entré chez Harpagon comme intendant pour rester près d'Élise. Son emploi consiste à flatter le vieillard en tout, ce qui fait de lui un comique de complaisance permanent.
- Mariane
- Jeune fille pauvre vivant avec sa mère malade, convoitée par le père et aimée du fils. Elle est, avec Élise, la victime du marché matrimonial que la pièce met à nu.
- Le seigneur Anselme
- Vieux gentilhomme d'abord promis à Élise, révélé au dernier acte comme Dom Thomas d'Alburcy, père de Valère et de Mariane. Sa générosité finale est le contrepoint exact de l'avarice d'Harpagon.
- Frosine
- Femme d'intrigue et entremetteuse, virtuose de la flatterie intéressée. Sa scène avec Harpagon, où elle tente d'être payée pour ses services, est un modèle de comique de situation : plus elle flatte, moins elle obtient.
- Maître Jacques
- Cuisinier et cocher, seul personnage sincèrement attaché à son maître, et le seul qu'on batte pour avoir dit vrai. Son mensonge de l'acte V est une vengeance, et elle manque de faire condamner un innocent.
- La Flèche
- Valet de Cléante, insolent et boiteux, qui déterre la cassette et déclenche le dénouement. C'est le type même du valet de la commedia dell'arte transporté dans une maison bourgeoise de Paris.
- Maître Simon et le commissaire
- Le courtier qui organise le prêt sans savoir qui il met en présence, et l'officier de justice qui instruit le vol : deux utilités dramatiques dont Molière tire un rendement comique maximal.
Les thèmes pour l'analyse
L'avarice comme passion, et non comme défaut
Harpagon n'est pas économe, il est possédé, et c'est là que notre lecture se sépare des résumés scolaires. L'argent ne lui sert à rien, il ne le dépense jamais, il l'enterre : ce n'est donc pas un vice utilitaire mais une passion pure, comparable à l'amour ou à la dévotion chez les autres personnages de Molière. C'est ce qui explique le monologue de l'acte IV, où la perte de la cassette est vécue comme un deuil et comme un meurtre. Une comédie de mœurs et de caractère se reconnaît à cela : le trait dominant du héros y devient le moteur de toute l'intrigue.
La tyrannie domestique et le mariage forcé
Le vrai sujet de la pièce, selon nous, c'est un père qui dispose de ses enfants comme d'un patrimoine. Élise doit épouser un vieillard parce qu'il la prend sans dot, Cléante une veuve parce qu'elle est riche. Molière n'invente rien : le mariage arrangé était la norme et la puissance paternelle une réalité juridique. Ce qu'il ajoute, c'est le point de vue des enfants, et un père rendu si odieux que le public de 1668 ne pouvait plus prendre son parti.
L'argent qui remplace la parole
Dans cette maison, nous voyons tout se compter. Frosine veut être payée pour un mariage, Maître Jacques négocie son menu, Harpagon prête à son fils au denier cinq. Le langage lui-même se monétise : quand Harpagon veut savoir si Mariane l'aime, il demande combien elle coûtera. En fait, la seule chose qui ne s'achète pas dans la pièce est le dénouement, offert gratuitement par Anselme, et c'est pour cela qu'il fallait un père venu d'ailleurs pour l'apporter.
Une écriture en prose, ce qui ne se faisait pas
Une grande comédie en cinq actes se devait d'être en vers. Après Dom Juan, L'Avare est la seconde que Molière écrit entièrement en prose, et cette écriture en prose déroute le public de 1668 avant de devenir la marque d'un théâtre plus vif, plus proche du parler réel. Les répliques y gagnent une nervosité que l'alexandrin interdit : le monologue « Au voleur ! » (monologue d'Harpagon) serait impossible en vers réguliers.
Les cinq comiques de L'Avare
C'est la question qui nous revient le plus souvent, et la pièce a le bon goût de contenir les cinq registres à la fois. Voici, par exemple, comment les retrouver sans se tromper.
- Comique de mots
- La répétition mécanique de « Sans dot », les jurons de Maître Jacques, les tournures paysannes, et la maxime retournée par Valère sur le manger et le vivre.
- Comique de gestes
- La fouille de La Flèche, les coups de bâton, et surtout Harpagon s'attrapant lui-même le bras en croyant tenir le voleur.
- Comique de situation
- Le père prêteur de son propre fils, le père rival de son fils, et le quiproquo final où Valère avoue un amour quand Harpagon entend un vol.
- Comique de caractère
- L'avarice poussée jusqu'à la déraison : faire jeûner les chevaux, réutiliser les chandelles, soupçonner ses enfants de le voler.
- Comique de mœurs
- La satire de l'usure, du mariage d'intérêt et de la vanité des bourgeois qui singent la noblesse, héritée de la commedia dell'arte et transposée dans le Paris de Louis XIV.
Les citations clés à retenir
- « Sans dot. [...] Il n'y a pas de réplique à cela. »
- Harpagon puis Valère, acte I, scène 5 : deux mots répétés jusqu'à l'absurde, qui suffisent à emporter la décision d'un mariage. Le comique de répétition à l'état pur.
- « Il faut manger pour vivre, et non pas vivre pour manger. »
- Valère, acte III, scène 1, citant un ancien pour flatter son maître : la maxime est attribuée à Socrate, et Molière s'amuse à la mettre au service de la pingrerie.
- « Au voleur ! au voleur ! à l'assassin ! au meurtrier ! »
- Harpagon, acte IV, scène 7 : l'ouverture du monologue le plus joué du répertoire comique français.
- « Que diable ! toujours de l'argent ! Il semble qu'ils n'aient autre chose à dire : de l'argent, de l'argent, de l'argent ! »
- Harpagon, acte III, scène 1 : la plainte du vieillard à qui tout le monde réclame une dépense, et le mot de la pièce.
- « Le seigneur Harpagon est de tous les humains l'humain le moins humain. »
- La Flèche, acte II, scène 4 : le portrait du maître par son valet, en une figure de style que les élèves adorent analyser.
- « Et moi, voir ma chère cassette. »
- Harpagon, dernière réplique de la pièce : tout le monde part se marier, lui retourne à son or. Rien n'a changé, et c'est ce qui rend la fin si grinçante.
D'où vient L'Avare : de Plaute à Molière
Notre pièce n'est pas née de rien : la figure du vieillard obsédé par son trésor caché ne date pas de 1668. Molière l'emprunte à Plaute (Aulularia ou La Marmite), comédie latine du 2e siècle avant notre ère où un vieil Euclion découvre une marmite pleine d'or et en perd le sommeil. D'après le dossier que la BnF a consacré à l'auteur lors de son exposition Molière, le jeu du vrai et du faux en 2022, l'emprunt est assumé et revendiqué : au 17e siècle, imiter les Anciens était un titre de gloire, pas un plagiat. Molière y ajoute pourtant ce que Plaute n'avait pas : une famille entière, deux intrigues amoureuses, et un père dont l'avarice détruit les siens.
L'Avare sur scène et à l'écran
D'après le registre tenu par le comédien La Grange, la pièce est créée le 9 septembre 1668 au Palais-Royal, avec Molière en Harpagon. L'accueil est d'abord tiède : le public attendait des vers pour une grande comédie et se trouve devant de la prose. Elle s'impose ensuite durablement : d'après les relevés de représentations tenus par la Comédie-Française et mis en ligne depuis 2012, elle figure aujourd'hui parmi les pièces les plus jouées de la Maison de Molière, fondée en 1680. Nos lecteurs qui la verront en salle reconnaîtront un texte que trois siècles et demi de troupes ont poli sans le changer.
Au 20e siècle, deux Harpagon ont marqué les mémoires. Louis de Funès porte le rôle à l'écran dans le film qu'il coréalise avec Jean Girault : selon AlloCiné, L'Avare sort en salles en 1980 et reste l'adaptation cinématographique la plus vue de la pièce. Nous y retrouvons, par exemple, la fouille de La Flèche et le monologue du vol tournés presque mot pour mot. Plus près de nous, Denis Podalydès l'incarne à la Comédie-Française dans la mise en scène de Catherine Hiegel créée en 2009, et reçoit selon le palmarès des Molières le prix du comédien en 2010. Les captations conservées par l'INA nous permettent de comparer ces lectures : selon la mise en scène retenue, le même texte produit un tyran de farce chez l'un, un vieillard malade chez l'autre. Notre préférence va, franchement, à la seconde.
Réviser L'Avare : la fiche de lecture au collège (4ème)
La pièce est le plus souvent étudiée en classe de quatrième, dans le cadre d'une fiche de lecture consacrée à la comédie. Trois réflexes nous semblent suffire à tenir un devoir. D'abord, savoir dire ce que veut chaque personnage en une phrase : Harpagon veut garder son or, Cléante veut Mariane et de l'argent, Élise veut Valère, Frosine veut être payée. Ensuite, savoir nommer le comique employé dans la scène étudiée, en s'appuyant sur nos cinq catégories ci-dessus plutôt que sur l'impression générale : le monologue du quatrième acte, par exemple, en mobilise trois à lui seul. Enfin, ne jamais oublier le dénouement complet : la double reconnaissance des enfants d'Anselme est ce que la plupart des résumés escamotent, et c'est précisément ce qu'un correcteur vérifie.
Cela dit, le meilleur conseil que nous puissions donner reste de lire la scène du monologue à voix haute. Elle contient à elle seule le personnage, le comique de gestes, le comique de mots et la bascule vers le tragique. Pour le vocabulaire technique croisé en chemin, monologue, quiproquo, dénouement, notre lexique du théâtre donne toutes les définitions.
Questions fréquentes sur L'Avare
Qui a volé la cassette d'Harpagon ?
La Flèche, le valet de Cléante, qui la déterre du jardin à la fin de l'acte IV. Le vol n'est pas gratuit : il donne à Cléante un moyen de pression pour obtenir de son père qu'il renonce à Mariane.
Pourquoi la réplique « Sans dot » est-elle si célèbre ?
Parce qu'Harpagon la répète mécaniquement jusqu'à ce qu'elle emporte la décision. Elle prouve qu'aucun argument humain, ni l'âge du prétendant ni le chagrin de sa fille, ne pèse contre une économie. C'est le sommet du comique de répétition dans la pièce.
Comment se termine L'Avare ?
Par une double reconnaissance et un double mariage. Le seigneur Anselme se révèle être Dom Thomas d'Alburcy, père de Valère et de Mariane, séparé d'eux par un naufrage. Il consent aux unions et en paie tous les frais ; Harpagon récupère sa cassette et s'en va la retrouver.
De quelle pièce antique Molière s'est-il inspiré ?
De l'Aulularia de Plaute, appelée en français La Marmite, où un vieillard découvre un trésor et vit dans la peur d'être volé. Molière lui emprunte le ressort principal et lui ajoute toute la mécanique familiale.
Pourquoi L'Avare est-il écrit en prose ?
Parce que Molière cherchait la vivacité du parler réel plutôt que la régularité de l'alexandrin. Le choix a surpris en 1668, une grande comédie en cinq actes se devant d'être en vers, mais il donne aux scènes de dispute et au monologue une nervosité que le vers aurait bridée.
Quel âge a Harpagon ?
60 ans, âge que le texte donne explicitement, ce qui rend son projet d'épouser Mariane d'autant plus choquant pour les autres personnages.
En quelle classe étudie-t-on L'Avare ?
Le plus souvent en quatrième, au collège, dans le chapitre consacré à la comédie et au regard porté sur la société. La pièce revient parfois au lycée en seconde, dans l'objet d'étude sur le théâtre.
Sources et textes de référence
- Théâtre classique : le texte intégral de la comédie dans son édition d'origine.
- BnF, Les Essentiels : le dossier documentaire sur L'Avare et sa source latine.
- Gallica : les éditions anciennes numérisées et les registres de la troupe de Molière.
- Comédie-Française : la pièce au répertoire de la Maison de Molière et ses mises en scène successives.
