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Le Bourgeois gentilhomme de Molière : résumé acte par acte, personnages et analyse
Créé le 14 octobre 1670 au château de Chambord devant Louis XIV, Le Bourgeois gentilhomme est la plus célèbre des comédies-ballets de Molière et Jean-Baptiste Lully : cinq actes en prose où un bourgeois enrichi rêve de noblesse, une leçon de prose passée en proverbe et une cérémonie turque d'anthologie. Résumé court puis détaillé acte par acte, personnages, thèmes, la partition de Lully, citations clés et vie scénique : la fiche de référence pour étudier la pièce.
Le Bourgeois gentilhomme en bref : le résumé court
Monsieur Jourdain est riche : son père a fait fortune dans le commerce du drap. Mais la fortune ne lui suffit plus, il veut la qualité, comme on disait au 17e siècle : devenir gentilhomme, c'est-à-dire noble, ce qui par définition ne s'apprend pas, puisqu'on naît gentilhomme. Qu'importe : il s'achète des maîtres de musique, de danse, d'armes et de philosophie, un habit à fleurs « comme les personnes de qualité », et jusqu'à une marquise, Dorimène, que courtise pour lui, et surtout à ses frais, le comte Dorante, aristocrate ruiné et parasite de génie. Quand Cléonte, honnête prétendant de sa fille Lucile, avoue qu'il n'est point gentilhomme, Jourdain lui refuse sa main. Le valet Covielle imagine alors la plus belle machine de guerre de la comédie : déguiser Cléonte en fils du Grand Turc, et faire élever Jourdain à la dignité imaginaire de Mamamouchi au cours d'une cérémonie turque en musique. Ébloui, le nouveau paladin accorde tout : sa fille au fils du Grand Turc, Nicole à Covielle, « et ma femme à qui la voudra ». La pièce s'achève sans le détromper, sur le grand Ballet des Nations.
Résumé détaillé acte par acte
Acte I : les maîtres à flatteries
Chez Monsieur Jourdain, le maître de musique et le maître à danser attendent leur élève en comptant leurs gains : l'un avoue sans façon que ce bourgeois ignorant est une rente, car « il a du discernement dans sa bourse », l'autre voudrait un peu de gloire en plus de l'argent. Jourdain paraît en robe de chambre à ramages, exige qu'on admire son nouveau costume, écoute une sérénade commandée pour la marquise et juge la chanson trop lugubre : il lui préfère une chansonnette de bergères. On lui promet que toutes les personnes de qualité ont des concerts chez elles le mercredi ou le jeudi : il en aura donc. L'acte s'achève, comme chaque acte de la comédie-ballet, sur un intermède dansé.
Acte II : la querelle des maîtres et la leçon de prose
Le maître d'armes vient donner sa leçon et proclame la supériorité de l'escrime sur la musique et la danse : la dispute dégénère, et quand le maître de philosophie, appelé pour arbitrer en sage stoïcien, s'en mêle, il finit par se battre avec les trois autres. Resté seul avec Jourdain, le philosophe déchire sa science en lambeaux et en vient à la fameuse leçon : les voyelles, prononcées avec des mines de ravi, puis la grande révélation. Pour écrire un billet galant, faut-il des vers ou de la prose ? « Tout ce qui n'est point prose est vers ; et tout ce qui n'est point vers est prose. » Jourdain découvre alors, émerveillé, qu'il fait de la prose depuis plus de quarante ans sans le savoir. Suit l'exercice des permutations autour de « Belle marquise, vos beaux yeux me font mourir d'amour », dont l'élève conclut que la meilleure version est la première, la sienne. Le maître tailleur apporte enfin l'habit à fleurs renversées et fait monter les pourboires en appelant son client « mon gentilhomme », « monseigneur », puis « votre grandeur ».
Acte III : le bon sens contre la folie des grandeurs
Face au bourgeois costumé se dressent les deux voix du bon sens : Nicole, la servante, saisie d'un fou rire inextinguible à la vue de l'habit, et Madame Jourdain, qui résume le diagnostic de la maison : « Vous êtes fou, mon mari, avec toutes vos fantaisies, et cela vous est venu depuis que vous vous mêlez de hanter la noblesse. » Arrive Dorante, le comte emprunteur, qui fait rendre gorge à la comptabilité : Jourdain lui-même totalise les prêts, quinze mille huit cents livres, que Dorante propose aussitôt d'arrondir à dix-huit mille francs en empruntant encore deux cents pistoles. Le comte joue double jeu : le diamant que Jourdain destine à Dorimène, il l'a offert en son propre nom, et le dîner fin que le bourgeois finance servira sa propre cour. Pendant ce temps, l'intrigue amoureuse se noue : Cléonte demande la main de Lucile, refuse par honnêteté de se dire gentilhomme, « toute imposture est indigne d'un honnête homme », et se fait éconduire. Son valet Covielle a la solution : une mascarade, puisque le bonhomme est « propre à jouer tous les rôles qu'on voudra ».
Acte IV : le dîner et la cérémonie turque
Le dîner pour Dorimène tourne court : Madame Jourdain surgit et fait un éclat, la marquise sort, vexée de scène en scène sans comprendre qui la courtise vraiment. C'est alors que la machination se déploie. Covielle, déguisé, se présente comme ami de feu le père de Jourdain, qu'il proclame « fort honnête gentilhomme », mensonge que le bourgeois avale avec délices ; il annonce que le fils du Grand Turc, amoureux de Lucile, veut épouser la jeune fille et faire de son beau-père un Mamamouchi, « c'est-à-dire, en notre langue, paladin ». La cérémonie turque occupe tout l'intermède : le Mufti, ses derviches et ses Turcs de comédie chantent en sabir, cette langue de fantaisie des ports de Méditerranée, « Se ti sabir, ti respondir », donnent le turban et le sabre, et bâtonnent en cadence le nouveau dignitaire. À la création, le rôle du Mufti était tenu par Lully en personne.
Acte V : Mamamouchi marie tout le monde
Madame Jourdain croit son mari devenu fou : il lui répond en turc de fantaisie et se drape dans sa dignité de Mamamouchi. Dorimène revient, décidée à épouser Dorante ; Lucile reconnaît Cléonte sous le déguisement et joue le jeu ; Madame Jourdain, mise dans la confidence par Covielle, cesse de tout bloquer. On envoie chercher le notaire : Lucile épousera le fils du Grand Turc, Dorante la marquise, ce que Jourdain croit être une feinte destinée à endormir la jalousie de sa femme, et Nicole reviendra à Covielle. Personne ne détrompe le héros : la comédie s'achève sur le Ballet des Nations, grand divertissement final où chanteurs français, espagnols et italiens congédient la soirée en musique. Le rêve de Monsieur Jourdain reste intact : c'est le dénouement le plus doux et le plus cruel de Molière.
Les personnages du Bourgeois gentilhomme
- Monsieur Jourdain
- Le bourgeois du titre, rôle créé par Molière lui-même. Ni méchant ni sot en affaires, il est atteint d'une seule folie, paraître noble, qui le rend aveugle à tout ce que la maison voit : les flatteurs qui le plument et les mascarades qu'on lui joue. Sa candeur émerveillée fait de lui l'un des grands rôles comiques du répertoire.
- Madame Jourdain
- Son épouse, incarnation du bon sens bourgeois : elle veut un gendre honnête plutôt qu'un titre, et dit à son mari ses vérités avec une verve populaire que Molière confia à la création à un homme, le comédien André Hubert, tradition de travesti comique du temps.
- Lucile
- La fille des Jourdain, amoureuse de Cléonte. Sa scène de dépit amoureux avec lui, en miroir de celle des valets, est un des charmes de l'acte III.
- Cléonte
- Le prétendant sincère, qui refuse par honneur de se prétendre gentilhomme et perd la main de Lucile, avant de la regagner en fils du Grand Turc. Son refus du mensonge donne à la pièce sa boussole morale.
- Covielle
- Valet de Cléonte et véritable metteur en scène du dénouement : la turquerie est son œuvre. Héritier des valets d'intrigue de la commedia dell'arte, il est le cousin direct de Scapin.
- Nicole
- La servante, dont le fou rire à la vue de l'habit de son maître reste l'un des plus beaux effets comiques de Molière : la vérité dite sans un mot.
- Dorante
- Comte désargenté, emprunteur professionnel et courtisan de Dorimène aux frais de Jourdain. Le vrai cynique de la pièce : la noblesse dont rêve le bourgeois, c'est lui qui la déshonore.
- Dorimène
- Marquise veuve, courtisée par Dorante avec les cadeaux de Jourdain, qu'elle croit venir du comte. Elle traverse la pièce en invitée d'un jeu dont elle ignore les règles.
- Les maîtres
- Musique, danse, armes, philosophie, puis le tailleur : cinq professionnels de la flatterie, qui vendent au bourgeois les signes extérieurs de la qualité et se disputent la prééminence de leur art.
Les thèmes pour l'analyse
La satire de la vanité sociale
Le titre est un oxymore : au 17e siècle, un bourgeois ne peut pas être gentilhomme, puisque la noblesse est une naissance et non un état qui s'acquiert. Toute la comédie tient dans cet impossible : Jourdain achète les signes, habit, maîtres, concerts, marquise, sans jamais pouvoir acheter la chose. Molière vise moins la bourgeoisie que la comédie sociale elle-même : un monde où la qualité se porte comme un costume appelle les tailleurs de mensonges. La cérémonie turque n'est que la version assumée de ce que font déjà les maîtres et Dorante : vendre du titre imaginaire à un homme qui paie pour y croire.
L'argent, les flatteurs et les parasites
La pièce est une étude précise des circuits de l'argent neuf : le bourgeois paie, les artistes encaissent en le méprisant, l'aristocrate emprunte sans rendre. Molière donne les chiffres : quinze mille huit cents livres de prêts arrondies à dix-huit mille francs, un diamant détourné, un dîner fin. Le maître de musique, par exemple, l'avoue dès la première scène : « la meilleure façon de louer, c'est de louer avec les mains ». la flatterie est ici une économie, avec ses tarifs, la gradation des pourboires du tailleur en fait un sketch, et ses professionnels. Deux ans après L'Avare, Molière retourne le miroir : Harpagon était malade de garder son argent, Jourdain est malade de le dépenser.
Le bon sens populaire contre la folie du paraître
Face au rêve nobiliaire, Molière installe un front du réel : Madame Jourdain, Nicole, Cléonte. La servante rit, l'épouse tempête, le prétendant refuse de mentir sur sa naissance : quand Jourdain exige, par exemple, qu'on l'appelle « votre grandeur », c'est le fou rire de Nicole qui fait le travail de la critique. Ce trio dit la morale de la pièce sans jamais la prêcher : le ridicule n'est pas d'être bourgeois, il est de rougir de l'être. La réplique de Cléonte sur l'imposture indigne d'un honnête homme donne le contrepoint exact de la folie de Jourdain, et c'est peu dire que la pièce choisit son camp : le seul personnage qui refuse le déguisement est aussi le seul qui obtienne ce qu'il désire à visage découvert.
L'illusion consentie : un fou que personne ne guérit
Le dénouement du Bourgeois gentilhomme a une particularité unique chez Molière : le personnage ridicule n'est ni puni ni détrompé. Tout le monde entre dans la mascarade, et Jourdain finit la pièce plus heureux qu'il ne l'a jamais été, paladin imaginaire d'un empire de théâtre. La comédie s'interroge ainsi sur elle-même : si l'illusion rend heureux et marie les enfants, faut-il la crever ? Cette douceur cruelle, qui laisse le rêveur dans son rêve, annonce les lectures modernes du personnage, moins sot que candide, un enfant qui « veut jouer à », selon la formule de Valérie Lesort et Christian Hecq à la Comédie-Française.
Les procédés comiques : mots, gestes, situation, caractère, répétition
La pièce est aussi un répertoire complet des procédés comiques classiques. Comique de caractère : la folie nobiliaire de Jourdain, qui colore chacun de ses mots. Comique de gestes : le fou rire de Nicole, les révérences ratées devant Dorimène, la bastonnade en cadence de la cérémonie turque. Comique de mots : le sabir du Mufti, les voyelles de la leçon, la gradation des titres du maître tailleur. Comique de répétition : les permutations de « Belle marquise », déclinées jusqu'à l'absurde. Comique de situation, enfin : le quiproquo du diamant, offert par Jourdain et crédité à Dorante, ou la marquise qui traverse un dîner dont elle ignore le commanditaire. C'est cette mécanique complète qui fait de la pièce, avec Les Fourberies de Scapin, le grand manuel du rire moliéresque.
La comédie-ballet : quand Molière et Lully inventaient le spectacle total
Réduire Le Bourgeois gentilhomme à son texte, c'est amputer la moitié de l'œuvre : la pièce est une comédie-ballet, un genre où la comédie parlée, la musique, le chant et la danse composent un seul spectacle, les intermèdes prolongeant l'intrigue au lieu de l'interrompre. Le genre était né presque par accident en 1661 avec Les Fâcheux, donné chez Fouquet à Vaux-le-Vicomte ; à partir du Mariage forcé (1664), Molière le développe avec Jean-Baptiste Lully, surintendant de la musique de Louis XIV, en une décennie de collaboration : L'Amour médecin (1665), George Dandin (1668), Monsieur de Pourceaugnac (1669), Les Amants magnifiques (1670). Le Bourgeois gentilhomme en est le sommet : commande royale née d'un incident diplomatique, la réception fin 1669 de l'envoyé ottoman Soliman Aga, dont le flegme avait froissé la cour, et qui valut à Molière l'ordre d'y glisser une turquerie. Le chevalier d'Arvieux, voyageur revenu du Levant, fut chargé, selon ses Mémoires, de conseiller Molière et Lully sur les habits et manières de Turquie.
À Chambord, le 14 octobre 1670, le spectacle mobilise les ballets de Pierre Beauchamp, les décors de Carlo Vigarani et la partition de Lully, qui monte lui-même en scène en Mufti de la cérémonie turque. La musique n'est pas un ornement : la Marche pour la cérémonie des Turcs, l'air du Mufti en sabir et le Ballet des Nations final comptent parmi les pages les plus célèbres du compositeur, et les orchestres baroques les jouent aujourd'hui encore en concert. L'attelage des « deux Baptiste » se brisera peu après : en 1672, Lully obtient le privilège royal de l'opéra et son quasi-monopole sur les musiciens, et Molière montera sa dernière comédie-ballet, Le Malade imaginaire (1673), avec Marc-Antoine Charpentier. L'idée du spectacle total, elle, ne mourra pas : mêler sur une même affiche théâtre, musique, danse et machines, c'est la formule que reprendront deux siècles plus tard les grandes revues parisiennes, jusqu'aux music-halls où l'illusion était tête d'affiche, une histoire que raconte notre article sur la magie au music-hall.
Les citations clés à retenir
- « Par ma foi ! il y a plus de quarante ans que je dis de la prose sans que j'en susse rien. »
- Monsieur Jourdain, acte II, scène 4 : la réplique passée en proverbe, née de la leçon du maître de philosophie.
- « Tout ce qui n'est point prose est vers ; et tout ce qui n'est point vers est prose. »
- Le maître de philosophie, acte II, scène 4 : la définition qui déclenche l'émerveillement de son élève.
- « Belle marquise, vos beaux yeux me font mourir d'amour. »
- Le billet galant de l'acte II, scène 4, décliné dans tous les ordres possibles par le maître de philosophie, pour revenir à sa version première.
- « Vous êtes fou, mon mari, avec toutes vos fantaisies, et cela vous est venu depuis que vous vous mêlez de hanter la noblesse. »
- Madame Jourdain, acte III, scène 3 : le diagnostic conjugal, en une phrase.
- « Mamamouchi, c'est-à-dire, en notre langue, paladin. »
- Covielle, acte IV : la dignité imaginaire qui fait basculer la pièce dans la turquerie, et Jourdain dans le bonheur.
Le Bourgeois gentilhomme sur scène : de Chambord aux mises en scène baroques
La création a lieu le 14 octobre 1670 au château de Chambord, pour les divertissements de la cour au retour de la chasse : Molière, de son vrai nom Jean-Baptiste Poquelin, alors âgé de 48 ans, joue lui-même Monsieur Jourdain. Selon la Vie de M. de Molière de Grimarest (1705), Louis XIV resta d'abord impassible, laissant les courtisans éreinter la pièce, avant de déclarer à la seconde représentation qu'il n'avait rien vu de plus divertissant : la cour changea d'avis dans l'heure. Reprise à Saint-Germain-en-Laye puis au théâtre du Palais-Royal en novembre 1670, la pièce fut l'un des grands succès publics de la troupe, et n'a plus quitté le répertoire : elle demeure l'une des œuvres les plus jouées de la Comédie-Française, où chaque génération se transmet le rôle de Jourdain.
Sa vie moderne se joue sur deux fronts. Le front baroque d'abord : en 2004, Benjamin Lazar et l'ensemble Le Poème Harmonique de Vincent Dumestre ont remonté le spectacle intégral, texte, musique de Lully, danses et déclamation d'époque, à la lumière des bougies ; la captation publiée par Alpha en 2005 en garde la trace, et révèle à quel point la comédie et sa partition ne font qu'un. Le front théâtral ensuite : de Jérôme Deschamps à Valérie Lesort et Christian Hecq, dont la version est à l'affiche de la salle Richelieu, d'après la Comédie-Française, pour toute la saison 2025-2026, les metteurs en scène contemporains se disputent ce rôle d'enfant rêveur. Entre les deux, le personnage a conquis la langue elle-même : un « bourgeois gentilhomme » désigne pour toujours celui qui singe une condition qui n'est pas la sienne, et la « prose sans le savoir » sert d'argument à tous les Jourdain modernes.
Questions fréquentes sur Le Bourgeois gentilhomme
Pourquoi Le Bourgeois gentilhomme est-il une comédie-ballet ?
Parce que la pièce a été écrite pour être jouée avec la musique de Jean-Baptiste Lully, des chants et des ballets réglés par Pierre Beauchamp : chaque acte débouche sur un intermède, et la cérémonie turque comme le Ballet des Nations font partie intégrante de l'œuvre. Texte et partition ont été créés ensemble à Chambord en 1670 ; les représentations qui coupent la musique jouent donc une pièce amputée de moitié.
Qu'est-ce qu'un Mamamouchi ?
Une dignité parfaitement imaginaire, inventée par Covielle pour duper Monsieur Jourdain : le valet la traduit lui-même par « paladin ». La cérémonie turque qui confère ce titre est une mascarade en sabir, langue de fantaisie mêlant italien, espagnol et arabe, et le mot est resté dans la langue française pour moquer les dignitaires d'opérette.
Que signifie « faire de la prose sans le savoir » ?
Dans la leçon de l'acte II, scène 4, le maître de philosophie apprend à Jourdain que tout ce qui n'est pas en vers est de la prose : le bourgeois s'émerveille donc d'en faire depuis plus de quarante ans sans le savoir. L'expression désigne depuis quiconque applique une règle ou pratique un art sans en avoir conscience, et c'est probablement la réplique de Molière la plus citée hors du théâtre.
Pourquoi une cérémonie turque dans la pièce ?
C'est une commande de Louis XIV lui-même : fin 1669, la réception de l'envoyé ottoman Soliman Aga avait tourné au froissement diplomatique, l'émissaire n'ayant montré aucun éblouissement devant les fastes du roi. La cour prit sa revanche par le rire, en demandant à Molière et Lully un divertissement où les turqueries seraient moquées, sur les conseils du chevalier d'Arvieux, qui connaissait les usages du Levant.
Comment se termine Le Bourgeois gentilhomme ?
Par un triple mariage sous mascarade : Lucile épouse Cléonte déguisé en fils du Grand Turc, Dorante épouse Dorimène, Covielle retrouve Nicole. Monsieur Jourdain, fait Mamamouchi, bénit tout ce qu'on lui présente et n'est jamais détrompé : la pièce s'achève sur le Ballet des Nations, en laissant le héros dans son rêve de noblesse.
En quelle classe étudie-t-on Le Bourgeois gentilhomme ?
La pièce s'étudie au collège, le plus souvent en cinquième ou en quatrième, dans les entrées consacrées à la comédie et à la satire ; on la retrouve au lycée dans les parcours sur le théâtre et le spectacle, où la dimension de comédie-ballet et la collaboration entre Molière et Lully fournissent un excellent sujet d'étude transversale avec l'éducation musicale.
Sources et textes de référence
- Théâtre classique : le texte intégral de la pièce, établi par Paul Fièvre.
- Comédie-Française : la pièce au répertoire de la Maison de Molière, dans la mise en scène de Valérie Lesort et Christian Hecq.
- Philharmonie de Paris : les ressources documentaires sur la partition de Lully et la comédie-ballet.
- Réseau Canopé : les dossiers pédagogiques « Pièce (dé)montée » consacrés aux mises en scène de la pièce.
- Gallica : les éditions anciennes numérisées et l'iconographie de la création.
