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Agnès lisant une lettre à la chandelle près d'un ruban de soie

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L'École des femmes de Molière : résumé acte par acte, personnages et analyse

Créée le 26 décembre 1662 au théâtre du Palais-Royal, L'École des femmes est la pièce qui a tout déclenché : premier grand succès de Molière dans le registre de la grande comédie en cinq actes et en vers, et premier grand scandale, la fameuse Querelle qui occupa Paris une année entière. Résumé court puis détaillé acte par acte, personnages, thèmes, citations clés et vie scénique : la fiche de référence pour étudier la pièce.

L'École des femmes en bref : le résumé court

Arnolphe, bourgeois de quarante-deux ans obsédé par la peur d'être trompé, a conçu un plan imparable : élever sa future épouse dans l'ignorance totale. Agnès, sa pupille, a grandi au couvent depuis l'âge de quatre ans, coupée du monde, avant d'être enfermée dans une maison à l'écart sous la garde de deux valets. Mais pendant un voyage d'Arnolphe, le jeune Horace a aperçu Agnès à son balcon, et l'amour a fait en quelques jours ce que treize ans de précautions devaient empêcher : éveiller son esprit. Ironie suprême, Horace ignore que le tuteur jaloux et le « Monsieur de La Souche » dont il moque les précautions ne font qu'un, et choisit Arnolphe pour confident de ses progrès. À chaque manœuvre du barbon, l'ingénue répond par une invention nouvelle, jusqu'au coup de théâtre final : le retour du père d'Agnès, qui la destinait de longue date... à Horace. Arnolphe, pour une fois sans maximes, sort de scène sur un cri étranglé.

Résumé détaillé acte par acte

Acte I : le plan d'Arnolphe et le confident involontaire

Arnolphe expose à son ami Chrysalde sa théorie du mariage : pour n'être point trompé, il faut épouser une sotte. Il raille les maris complaisants de la ville, se félicite de sa pupille élevée « selon sa politique » dans l'ignorance de tout, et s'offusque à peine que Chrysalde moque son nouveau nom de Monsieur de La Souche, acheté avec la particule. Survient Horace, fils de son vieil ami Oronte : le jeune homme emprunte quelques pistoles et confie son secret. Il aime une jeune fille merveilleuse, Agnès, séquestrée par un jaloux ridicule nommé La Souche. Arnolphe encaisse en silence : le rival qu'il faut surveiller a choisi de lui raconter chacune de ses avancées.

Acte II : la scène du ruban

Arnolphe interroge d'abord ses valets, Alain et Georgette, terrorisés et embrouillés, puis Agnès elle-même. Le récit de la jeune fille est un chef-d'œuvre d'ingénuité : les révérences échangées depuis le balcon, la vieille entremetteuse, les visites d'Horace, et ce qu'il lui a pris. La réponse arrive après un suspens fameux : « Il m'a pris... le ruban que vous m'aviez donné ». Cette scène dite « du le », où le spectateur imagine un instant le pire, fut l'étincelle du scandale. Rassuré à moitié, Arnolphe annonce à Agnès qu'il la mariera le soir même ; elle croit qu'il parle d'Horace et le remercie avec transport. Détrompée, elle reçoit l'ordre de chasser le jeune homme à coups de pierre.

Gravure de L'École des femmes : Agnès au balcon laisse glisser un ruban vers Horace qui la salue dans la rue
Agnès au balcon : la révérence qui déclenche tout, et le ruban de la scène du « le ».

Acte III : le sermon, les Maximes et la lettre

Arnolphe savoure sa victoire : le grès a été jeté. Il fait asseoir Agnès et lui inflige un sermon sur le mariage, appuyé d'un petit livre, Les Maximes du mariage ou les Devoirs de la femme mariée, qu'elle doit lire à voix haute : l'épouse appartient à son mari, ne doit plaire qu'à lui, fuir les ruelles, le bel esprit et les sociétés. Le triomphe est de courte durée : Horace, toujours confiant, raconte à Arnolphe que la pierre portait une lettre. Agnès, qui ne sait rien, a inventé seule ce stratagème : la lettre, sincère et bouleversante, dit la naissance d'un cœur. Resté seul, Arnolphe découvre avec stupeur qu'il souffre : le tyran est amoureux.

Gravure de L'École des femmes : Arnolphe fait lire les Maximes du mariage à Agnès assise près de la cheminée
Le sermon des Maximes du mariage (acte III) : Arnolphe fait la leçon, Agnès lit.

Acte IV : l'escalade des précautions

Arnolphe décide de tout verrouiller : il embrouille le notaire venu préparer le contrat, dresse Alain et Georgette à repousser les assauts, et apprend d'Horace, décidément incorrigible, que celui-ci s'est introduit dans la chambre d'Agnès et qu'elle l'a caché dans une armoire à l'arrivée du jaloux. Chrysalde, à dîner, développe sa philosophie du cocuage, qui n'est un drame que si l'on en fait un ; Arnolphe n'en veut rien entendre. Averti qu'Horace compte revenir de nuit par une échelle, il prépare une réception musclée.

Acte V : la fuite, le quiproquo final et le coup de théâtre

Le guet-apens a trop bien réussi : roué de coups, Horace feint la mort, et Agnès, affolée, s'enfuit avec lui. Ne sachant où la cacher, Horace la confie... à Arnolphe, dont le visage reste dissimulé dans la nuit. Le tuteur démasqué affronte alors une Agnès transformée : elle lui tient tête, revendique son amour et lâche la phrase qui le foudroie : « Que ne vous êtes-vous fait aimer comme lui ? ». Arnolphe, sincèrement épris pour la première fois, supplie, promet tout, parle enfin le langage qu'il interdisait. Trop tard. Oronte et Enrique paraissent : Enrique, beau-frère de Chrysalde revenu d'Amérique, est le père d'Agnès, et les deux vieillards ont depuis longtemps destiné leurs enfants l'un à l'autre. Le mariage d'Horace et d'Agnès est conclu ; Arnolphe sort sur un cri inarticulé, seul personnage de la pièce à qui Molière refuse le dernier mot.

Les personnages de L'École des femmes

Arnolphe
Bourgeois vieillissant, tyran domestique et théoricien du mariage par l'ignorance, rôle créé par Molière lui-même. Sa grandeur comique vient de son retournement : le maître du plan découvre l'amour au moment où sa machine se retourne contre lui.
Agnès
La pupille élevée dans l'ignorance, et le personnage le plus moderne de la pièce : en cinq actes, l'ingénue devient une jeune femme qui pense, écrit, ruse et choisit. Son éveil est le vrai sujet de l'œuvre.
Horace
Le jeune premier, amoureux sincère et confident catastrophique : il raconte chacun de ses progrès à son rival sans le savoir. Le ressort du quiproquo repose entièrement sur lui.
Chrysalde
L'ami raisonneur, philosophe du cocuage : à force de vouloir tout maîtriser, dit-il en substance, on provoque ce qu'on redoute. La voix de la mesure face à la folie du système.
Alain et Georgette
Les valets paysans, gardiens embrouillés de la maison : leur comique de farce, portes claquées et consignes mal comprises, rattache la grande comédie aux lazzi de la commedia dell'arte et à la tradition populaire.
Oronte et Enrique
Les deux pères, dont le retour d'Amérique et les projets croisés dénouent la pièce en révélant la naissance d'Agnès.
Le notaire
Convoqué pour le contrat de mariage, il subit une scène de dialogue de sourds avec un Arnolphe trop préoccupé pour l'écouter.

Les thèmes pour l'analyse

L'éducation des filles : le procès d'un système

La pièce attaque frontalement une réalité du 17e siècle : des filles élevées dans l'ignorance, mariées sans consentement à des hommes qui pouvaient être leurs pères. Arnolphe formule le programme sans fard : une épouse sotte est une épouse sûre. Molière retourne la démonstration : cet obscurantisme domestique ne protège de rien, il prive seulement Agnès des mots pour comprendre ce qui lui arrive. Dès que l'amour lui donne un motif de penser, elle apprend plus vite que son maître ne peut l'en empêcher.

L'éveil d'Agnès : « l'amour est un grand maître »

Le vers d'Horace résume la thèse de la pièce : l'amour enseigne ce qu'aucune école ne transmet. La trajectoire d'Agnès se lit dans son langage : des réponses monosyllabiques de l'acte II à la lettre de l'acte III, puis aux répliques cinglantes de l'acte V. Cette émancipation par la parole a valu à la pièce ses lectures féministes modernes : quoi qu'ait voulu Molière, il a montré une jeune fille qui conquiert le droit de dire je.

Le quiproquo structurel : une mécanique de précision

Molière construit la pièce sur un seul quiproquo, tenu de bout en bout : Horace ignore qu'Arnolphe et La Souche ne font qu'un. Chaque confidence du jeune homme informe le tyran, chaque parade du tyran est aussitôt racontée au spectateur par sa victime : l'action avance par récits, et le rire naît de la position d'Arnolphe, condamné à écouter, sourire aux lèvres, la chronique de sa propre défaite.

La jalousie et la possession

Arnolphe annonce Harpagon : comme l'avare avec sa cassette, il traite Agnès en bien qu'on enferme. La pièce montre le prix de cette logique : à force de vouloir posséder, Arnolphe s'interdit d'être aimé. Le retournement de l'acte V, où le tyran découvre la supplication, donne au personnage une profondeur presque douloureuse que la farce seule n'aurait pas atteinte.

La Querelle de L'École des femmes : le premier grand scandale de Molière

Le succès de la création est immense, les recettes du Palais-Royal atteignent des sommets, et c'est précisément ce triomphe qui met le feu aux poudres. Pendant toute l'année 1663, Paris se déchire : les uns crient à l'obscénité, la scène du « le » et le potage en tête, les autres à l'impiété, car le sermon d'Arnolphe et ses Maximes du mariage parodient d'un peu trop près les commandements et les manuels de dévotion. Les rivaux s'engouffrent : pamphlets de Donneau de Visé, Portrait du peintre de Boursault, contre-pièces montées par les comédiens de l'Hôtel de Bourgogne, jaloux du nouveau maître du rire.

La riposte de Molière est un coup de génie : plutôt que de répondre par un libelle, il répond par le théâtre. La Critique de L'École des femmes, en juin 1663, met en scène un salon où l'on débat de la pièce, et ridiculise ses censeurs en leur prêtant l'argument resté proverbial de la « tarte à la crème » ; L'Impromptu de Versailles, à l'automne, ouvre les coulisses de sa troupe en répétition et rend coup pour coup aux grands comédiens rivaux. Louis XIV arbitre publiquement : pension au poète, et l'année suivante, le roi accepte d'être parrain de son premier fils. La Querelle fonde ainsi le personnage public de Molière : un auteur qui répond aux cabales par des comédies. Le schéma se répétera, en plus violent, avec l'interdiction de Tartuffe dès 1664 et le retrait de Dom Juan en 1665.

Les citations clés à retenir

« Épouser une sotte est pour n'être point sot. »
Arnolphe, acte I, scène 1 : tout le programme du personnage en un vers.
« Le petit chat est mort. »
Agnès, acte II : la réplique la plus célèbre de la pièce, résumé involontaire d'une éducation qui n'a rien laissé à dire.
« Il m'a pris... le ruban que vous m'aviez donné. »
Agnès, acte II, la scène du « le » : le suspens grivois qui scandalisa les dévots et enchanta le parterre.
« L'amour est un grand maître : ce qu'on ne fut jamais, il nous enseigne à l'être. »
Horace, acte III : la thèse de la pièce, l'amour comme éducation véritable.
« Que ne vous êtes-vous fait aimer comme lui ? »
Agnès à Arnolphe, acte V : la pupille sans esprit renvoie le maître à son échec, en un vers.

L'École des femmes sur scène : de Jouvet à aujourd'hui

Après le triomphe et la Querelle, la pièce n'a jamais quitté le répertoire, mais chaque époque déplace son centre de gravité. Longtemps, Arnolphe fut un pur barbon de comédie ; c'est Louis Jouvet qui, à partir de 1936 au théâtre de l'Athénée, dans le décor à murs ouvrants de Christian Bérard, en fit un personnage déchirant, ridicule et souffrant à la fois. Il joua le rôle plus de six cents fois : la lecture moderne d'Arnolphe date de là.

Depuis, la pièce est devenue un banc d'essai pour les metteurs en scène, d'autant que son sujet, l'emprise d'un homme mûr sur une très jeune fille qu'il séquestre, résonne autrement aujourd'hui. Stéphane Braunschweig, à l'Odéon en 2018, en a donné une lecture contemporaine où la comédie se teinte de gravité ; la Comédie-Française la reprend régulièrement, et les compagnies scolaires en font l'une des pièces de Molière les plus étudiées en classe. Signe de longévité : les débats de 1663 sur ce qu'une comédie a le droit de montrer sont exactement ceux que la pièce continue de provoquer.

« Leçon à l'école des femmes » : reportage d'Entrée libre sur la mise en scène de Stéphane Braunschweig à l'Odéon.

Questions fréquentes sur L'École des femmes

Pourquoi Arnolphe veut-il épouser une femme sotte ?

Par peur du cocuage, qui est chez lui une obsession : une femme d'esprit, pense-t-il, a les moyens de tromper son mari, tandis qu'une ignorante n'en aura pas même l'idée. La pièce démontre l'inverse : l'ignorance d'Agnès ne la rend pas docile, elle la rend seulement sans défense, jusqu'à ce que l'amour lui apprenne à penser.

Qu'est-ce que la scène du « le » et pourquoi a-t-elle fait scandale ?

À l'acte II, Agnès raconte qu'Horace lui a pris quelque chose, et hésite : « Il m'a pris... le... ». Pendant quelques vers, le spectateur imagine le pire, avant la chute : le ruban. Les dévots y virent une obscénité délibérée ; Molière répondit dans La Critique que la grivoiserie était dans l'oreille de ceux qui s'en plaignaient.

Qu'est-ce que la Querelle de L'École des femmes ?

La polémique qui suivit la création, pendant toute l'année 1663 : accusée d'obscénité et d'impiété par les dévots et les auteurs rivaux, la pièce fut défendue par Molière lui-même dans deux comédies-réponses, La Critique de L'École des femmes et L'Impromptu de Versailles, avec le soutien affiché de Louis XIV. C'est le premier grand scandale de sa carrière, avant Tartuffe et Dom Juan.

Comment se termine L'École des femmes ?

Par un coup de théâtre : Enrique, père d'Agnès revenu d'Amérique, la destinait depuis toujours à Horace, fils de son ami Oronte. Le mariage des jeunes gens est conclu et Arnolphe quitte la scène sur un cri, sans un mot : le beau parleur de la pièce sort du théâtre privé de langage.

L'École des femmes est-elle une pièce féministe ?

Le mot n'existait pas en 1662, et Molière défend d'abord le droit au mariage d'inclination contre les unions forcées. Mais la trajectoire d'Agnès, de l'ignorance imposée à la parole conquise, en fait l'un des premiers grands rôles d'émancipation féminine du théâtre français, et les mises en scène contemporaines s'en emparent volontiers.

En quelle classe étudie-t-on L'École des femmes ?

La pièce est au programme du collège et du lycée, en quatrième comme en première, dans les parcours sur la comédie et la satire ; elle figure régulièrement aux programmes du bac de français, souvent accompagnée de La Critique de L'École des femmes.